Sénégal : tensions ouvertes entre le président Diomaye Faye et Ousmane Sonko au sommet de l’État

Au Sénégal, une tension politique majeure se dessine désormais au sommet de l’État. Le tandem formé par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, longtemps présenté comme uni et solidaire face à l’épreuve, semble aujourd’hui engagé dans une confrontation politique aux contours de plus en plus visibles.

À l’origine de cette crise, un malaise grandissant au sein du parti au pouvoir, le Pastef, dont plusieurs cadres reprochent au chef de l’État de s’éloigner de la ligne idéologique définie par le parti et son leader historique, Ousmane Sonko. Une accusation qui traduit une fracture profonde entre l’institution présidentielle et la base militante.

Justice et nominations, sources de discorde

Deux points cristallisent particulièrement les tensions. Le premier concerne la lenteur des poursuites judiciaires contre les responsables de l’ancien régime de Macky Sall. Ousmane Sonko a publiquement dénoncé ce qu’il considère comme une absence de volonté politique, estimant que le président aurait les moyens d’accélérer le processus.

Le second point de rupture porte sur la nomination d’Aminata Touré, ancienne Première ministre sous Macky Sall, comme coordinatrice de la coalition « Diomaye Président ». Une décision fermement rejetée par Ousmane Sonko, qui y voit un symbole de compromission avec l’ancien système.

Une alliance historique fragilisée

Pourtant, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko partagent un long compagnonnage politique et personnel. Tous deux issus de l’administration fiscale, ils ont milité ensemble au sein du syndicat des Impôts et Domaines, avant de cofonder le Pastef. Leur engagement commun leur a valu l’emprisonnement sous l’ancien régime.

Empêché de se présenter à la présidentielle de 2024, Ousmane Sonko avait alors désigné Bassirou Diomaye Faye comme candidat, un pari politique couronné de succès avec une victoire dès le premier tour.

Divisions internes et crispations politiques

Depuis plusieurs semaines, les signaux de rupture se multiplient. Certains responsables du Pastef ont boycotté les déplacements présidentiels, tandis qu’une campagne de désabonnement des pages officielles de la Présidence a été lancée par des militants proches de Sonko. Plusieurs figures influentes du parti ont clairement affirmé leur loyauté exclusive au Premier ministre.

Dans le même temps, la coalition « Diomaye Président » poursuit sa structuration sous la direction d’Aminata Touré, accentuant les lignes de fracture au sein de la majorité.

2029 en ligne de mire

En toile de fond, la présidentielle de 2029 alimente toutes les stratégies. Le Pastef affiche clairement sa volonté de porter Ousmane Sonko à la magistrature suprême, malgré son inéligibilité actuelle liée à une condamnation judiciaire. Ses avocats ont récemment engagé une procédure exceptionnelle visant à la révision de ce verdict.

Sur le terrain, les partisans de Sonko ont lancé une vaste mobilisation populaire, convaincus que rien ne pourra empêcher leur leader d’être candidat.

Le spectre de la crise de 1962

Dans un contexte économique déjà fragile, cette crise politique inquiète une partie de l’opinion. À Dakar, certains redoutent une répétition du scénario de 1962, lorsque le conflit entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia avait profondément déstabilisé le pays.

Pour de nombreux citoyens, l’urgence reste ailleurs : emploi, dette, pouvoir d’achat et stabilité sociale. Autant de défis qui rendent toute crise institutionnelle au sommet de l’État particulièrement redoutée.

Mali : Bamako reprend le contrôle stratégique de son or

Grâce à la réforme de son code minier, le Mali a profondément modifié le rapport de force avec les multinationales de l’or. En renforçant la participation de l’État et en imposant de nouvelles règles fiscales, Bamako affirme sa souveraineté économique et ouvre la voie à une transformation locale des ressources.

Depuis l’adoption du nouveau code minier en août 2023, le Mali a engagé une reprise en main de son secteur aurifère, longtemps dominé par des intérêts étrangers. Ce texte permet désormais à l’État de détenir jusqu’à 30 %, voire 35 %, des parts dans les projets miniers, incluant une participation gratuite de 10 %.

Les effets financiers sont déjà visibles. Selon le ministère des Mines, les recettes minières ont augmenté de plus de 50 % en 2024, passant de 547 à plus de 835 milliards de FCFA. L’or, qui représente environ 80 % des exportations du pays, devient ainsi un levier central de la souveraineté économique.

Cette nouvelle orientation s’est illustrée dans le bras de fer avec le groupe canadien Barrick Gold, exploitant du complexe Loulo-Gounkoto. En novembre 2025, un accord a été conclu prévoyant le paiement de près de 430 millions de dollars d’arriérés fiscaux et douaniers, ainsi que des dividendes annuels estimés à 90 milliards de FCFA.

Au-delà des recettes, les autorités misent sur la transformation locale. L’extension de la raffinerie de Sénou, lancée en 2025, vise à capter davantage de valeur ajoutée sur le sol national. Par ailleurs, un décret impose désormais aux sociétés minières de confier une part importante de la sous-traitance à des entreprises maliennes.

Cette dynamique s’inscrit dans une vision régionale portée par l’Alliance des États du Sahel (AES). Le Mali, le Burkina Faso et le Niger cherchent à harmoniser leurs politiques minières afin de renforcer leur poids face aux multinationales et aux marchés internationaux.

En reprenant la main sur son or, Bamako affirme une ligne claire : l’exploitation des ressources naturelles doit désormais servir en priorité le développement national et le bien-être des populations.