Libye : 15 ans après le 17 février 2011, un pays toujours divisé
Quinze ans après le soulèvement du 17 février 2011 qui a conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye demeure profondément fragmentée sur les plans politique, institutionnel et économique. Cet anniversaire intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par l’assassinat récent de Saïf al-Islam Kadhafi et par de nouvelles initiatives onusiennes pour relancer le processus électoral.
Le 17 février, une date hautement symbolique
Le 17 février reste associé au début du soulèvement populaire qui a mis fin à plus de quarante ans de Jamahiriya. Sous Kadhafi, le 1er septembre symbolisait la révolution de 1969 ; sous la monarchie, le 24 décembre marquait l’indépendance. Aujourd’hui, le 17 février constitue l’un des derniers repères symboliques d’unité nationale.
Cependant, quinze ans plus tard, la portée de cette date semble s’éroder face aux difficultés économiques et aux divisions politiques persistantes.
Une société fragilisée par les crises successives
Des analystes soulignent que les préoccupations quotidiennes – inflation, dégradation du pouvoir d’achat et accès limité aux services – dominent désormais les priorités des Libyens.
La classe moyenne s’est considérablement affaiblie au fil des années, accentuant les inégalités entre ceux qui bénéficient du système actuel et ceux qui en subissent les conséquences. Dans ce contexte, la célébration du 17 février tend à devenir un événement davantage institutionnel que populaire.
À Tripoli, les autorités organisent régulièrement des manifestations publiques sur la place des Martyrs, mais chaque camp politique utilise l’anniversaire pour consolider sa légitimité.
Une division institutionnelle persistante
Depuis 2014, la Libye est divisée entre deux pôles de pouvoir :
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À l’ouest, le Gouvernement d’union nationale (GUN) dirigé par Abdulhamid Dabaiba, reconnu par l’ONU et basé à Tripoli.
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À l’est, une autorité parallèle soutenue par la Chambre des représentants et liée au maréchal Khalifa Haftar, dont les forces contrôlent de vastes territoires.
L’Armée nationale libyenne (ANL) conserve une forte influence dans l’est et le sud du pays. La consolidation du pouvoir autour du cercle familial de Haftar illustre la structuration progressive d’un appareil sécuritaire autonome.
L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi, un nouveau facteur d’instabilité
L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi, intervenu début février à Zintan, a ravivé les tensions. Bien que politiquement affaibli et visé par un mandat de la Cour pénale internationale, il conservait une influence symbolique dans certaines régions, notamment au sud.
Sa mort intervient alors que des contacts indirects auraient été engagés entre cercles proches de Tripoli et de Benghazi, dans un contexte de tentative de rapprochement soutenu par des acteurs internationaux.
Une feuille de route onusienne sous surveillance
La représentante spéciale de l’ONU, Hanna Tetteh, a récemment présenté une feuille de route axée sur :
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L’adoption d’un cadre juridique électoral crédible
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L’unification des institutions
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Un dialogue structuré sur la gouvernance et la réconciliation
Le maréchal Haftar a exprimé son soutien à ce processus, mais les obstacles institutionnels demeurent nombreux.
Une économie dépendante du pétrole
Sur le plan économique, la Libye a enregistré une croissance significative en 2025, principalement grâce au secteur pétrolier, avec une production moyenne d’environ 1,3 million de barils par jour.
Malgré ces performances, la dépendance aux hydrocarbures reste forte. Les tensions monétaires récentes et les difficultés d’accès aux devises étrangères traduisent une fragilité persistante.
Le dernier appel d’offres de la Compagnie nationale de pétrole (NOC), le premier depuis 2008, a suscité un intérêt mesuré des investisseurs, reflétant la prudence des opérateurs face à l’incertitude politique.
Une transition toujours inachevée
Quinze ans après la chute du régime, la Libye demeure à la croisée des chemins. Le 17 février conserve une dimension symbolique forte, mais il s’inscrit désormais dans une réalité marquée par la fragmentation institutionnelle, les rivalités régionales et les incertitudes économiques.
Entre mémoire révolutionnaire et quête de stabilité, la transition libyenne reste une équation ouverte.
