Libye : l’après Saïf al-Islam, discours de continuité et tensions

Des figures pro-Kadhafi affirment pouvoir dépasser l’élimination de Saïf al-Islam Kadhafi et préparer une alternative politique. Des déclarations qui masquent mal les fractures persistantes et l’absence d’un leadership crédible.

Des responsables et soutiens de l’ancien régime libyen ont multiplié les déclarations ces derniers jours pour afficher leur volonté de maintenir une dynamique politique après l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi. Un discours de résilience qui vise à projeter une image de continuité, alors même que le camp pro-Kadhafi reste profondément fragmenté et privé de figure fédératrice.

Othman Baraka, présenté comme une figure de proue du « Mouvement national » soutenant Saïf al-Islam, a ainsi affirmé que les partisans de l’ancien régime, malgré une instabilité persistante, disposeraient des capacités organisationnelles et politiques nécessaires pour « dépasser le stade » de la disparition de leur leader. Selon lui, le mouvement serait en mesure d’assurer une transition vers un cadre de leadership alternatif, sans remettre en cause son orientation idéologique.

Cette lecture optimiste contraste avec les réserves exprimées par d’autres acteurs du même camp. Des sources proches d’Ahmed Gaddaf Al-Dam, responsable politique du Front de lutte nationale libyen, ont indiqué au quotidien Asharq Al-Awsat qu’il était prématuré d’évoquer un successeur ou un nouveau dirigeant.

Les cérémonies de deuil, encore en cours à Bani Walid, à 172 km au sud de Tripoli, serviraient aussi de rappel à une réalité plus brutale : l’absence de consensus et la difficulté à transformer l’émotion en projet politique structuré.

Même prudence du côté de Nasser Saeed, porte-parole du Mouvement populaire national libyen. Celui-ci anticipe la formation prochaine d’une direction politique, tout en repoussant la question d’un leader ou d’un symbole à plus tard.

Le projet, insiste-t-il, serait « idéologique et doctrinal, et non lié à des individus ». Une formule qui sonne autant comme une profession de foi que comme un aveu : sans figure incarnant cette idéologie, la mobilisation reste fragile.

De fait, les partisans de l’ancien régime demeurent éclatés entre plusieurs structures concurrentes, organisations politiques et personnalités indépendantes. Le Mouvement national populaire libyen, fondé en 2012, et le Front populaire libyen pour la libération de la Libye, créé en 2016 par des responsables politiques et des chefs tribaux en soutien à Saïf al-Islam, illustrent cette dispersion. Chacune revendique une légitimité historique ou idéologique, sans parvenir à s’imposer comme pôle unificateur.

Dans un paysage politique libyen déjà morcelé, ces déclarations relèvent autant de la communication que d’une stratégie réellement opérationnelle. L’invocation d’un projet « au-delà des individus » tente de compenser le vide laissé par la disparition de Saïf al-Islam, mais elle ne résout ni les rivalités internes ni l’absence d’ancrage institutionnel.

Plus qu’une transition maîtrisée, l’après-Kadhafi version pro-régime s’annonce comme une recomposition incertaine, tiraillée entre nostalgie, divisions et quête de légitimité.

MK/ac/APA

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