Téhéran et Washington négocient à Oman après la répression sanglante en Iran
L’Iran et les États-Unis entament ce matin des négociations à Oman, que Téhéran veut limiter strictement à son programme nucléaire, Washington laissant pour sa part planer la menace militaire en cas d’échec. Avant le début des discussions, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a appelé au « respect mutuel ».
Des discussions doivent s’ouvrir ce vendredi 6 février 2026 à Mascate (Oman) entre l’Iran et les États-Unis, a annoncé Téhéran. Il s’agit des premiers échanges entre les deux pays depuis les frappes sur des sites nucléaires iraniens menées en juin par Washington, lors de la guerre de 12 jours déclenchée par une attaque israélienne contre l’Iran.
Elles seront pilotées par l’émissaire du président américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, et le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi.
Ce dernier est arrivé à Mascate jeudi soir, a rapporté l’agence de presse officielle Irna.
Avant d’entamer les entretiens, Abbas Araghchi a appelé vendredi matin au « respect mutuel ».
« L’égalité, le respect mutuel et l’intérêt réciproque ne sont pas de vaines paroles, mais des conditions indispensables et les piliers d’un accord durable », a-t-il déclaré dans un message en anglais sur X.
Les pourparlers interviennent après la sanglante répression par le pouvoir iranien du vaste mouvement de contestation de début janvier – qui a fait des milliers de morts selon les défenseurs des droits – et des échanges de propos bellicistes entre Washington et Téhéran.
Les Iraniens « négocient », avait déclaré plus tôt Donald Trump. « Ils ne veulent pas que nous les frappions », a-t-il ajouté, rappelant que les États-Unis avaient envoyé « une grande flotte » de guerre dans le Golfe.
Après avoir menacé de frapper l’Iran en soutien aux contestataires, le président américain centre désormais sa rhétorique sur le contrôle du programme nucléaire iranien.
« Nous restons focalisés sur cette question : veiller à ce qu’ils n’obtiennent pas l’arme nucléaire », a affirmé mercredi le vice-président américain, JD Vance.
Les pays occidentaux et Israël accusent l’Iran de chercher à se doter de l’arme nucléaire, ce que Téhéran dément.
« Risque d’escalade »
L’Iran et les États-Unis avaient déjà mené des négociations au printemps notamment dans le sultanat d’Oman, gelées par la guerre des 12 jours. Elles achoppaient notamment sur la question de l’enrichissement d’uranium par Téhéran.
L’Iran a martelé ne vouloir discuter que du dossier nucléaire, pour obtenir la levée des sanctions internationales qui asphyxient l’économie, rejetant toute négociation sur son programme balistique ou son soutien à diverses formations hostiles à Israël, notamment le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien.
« Les pourparlers portent sur le nucléaire », a encore insisté jeudi soir la télévision d’État, citant un responsable de la délégation iranienne.
Mais le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, est lui aussi catégorique : pour aboutir, les négociations devront « inclure certains éléments, notamment la portée de leurs missiles balistiques, leur soutien aux organisations terroristes […] et le traitement réservé à leur population ».
Le chancelier allemand Friedrich Merz a pour sa part exhorté jeudi Téhéran à « entamer de véritables négociations » avec les États-Unis, mettant en garde contre le risque « d’escalade militaire ».
Citant des responsables iraniens anonymes, le New York Times a indiqué que les États-Unis avaient toutefois concédé que les discussions excluent les acteurs régionaux, contrairement à ce qu’ils souhaitaient.
« Inflexibilité »
« L’Iran continue de faire preuve d’inflexibilité face aux demandes des États-Unis, ce qui réduit la probabilité […] d’une solution diplomatique », analyse l’Institute for the Study of War, basé aux États-Unis.
Face au maintien par Washington des menaces d’action militaire, Téhéran a répété qu’il riposterait contre les bases américaines de la région en cas d’attaque.
« Nous sommes prêts à nous défendre, et c’est au président américain de choisir entre le compromis ou la guerre », a déclaré jeudi le porte-parole de l’armée, le général Mohammad Akraminia, cité par la télévision d’État.
L’Iran, a-t-il averti, a un accès « facile » aux bases américaines dans le Golfe.
« L’Iran est pleinement prêt à faire face à toute menace et à tout ennemi étranger », a aussi déclaré l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Velayati, conseiller de l’ayatollah Khamenei, cité par l’agence iranienne Isna.
