Port de Dakar et les 4000 conteneurs bloqués au Mali : Plus de 13 milliards de francs CFA envolés
Privé de milliers de conteneurs immobilisés au Mali, le port de Dakar subit de plein fouet une crise logistique qui pourrait coûter 20 millions d’euros soit plus de 13 milliards de francs CFA aux armateurs. Ce qui risque de faire flamber les prix dans toute la région. Le port autonome de Dakar, poumon économique du Sénégal et porte d’entrée de l’Afrique de l’Ouest, se retrouve alors au centre d’une équation économique. L’immobilisation de plus de 4 000 conteneurs vides au Mali prive la plateforme sénégalaise d’un matériel essentiel à son fonctionnement.

Avec un prix moyen de 5000 euros par conteneur neuf, ce sont environ 20 millions d’euros de matériel qui échappent au circuit logistique de Dakar. Mais la perte financière va bien au-delà pour les compagnies maritimes opérant depuis le port sénégalais. « Un conteneur vide et immobile est un conteneur qui ne travaille pas, qui ne transporte pas de marchandises. C’est un manque à gagner très important pour les compagnies maritimes », explique un économiste malien dont les propos sont relayés par RFI. Pour MSC et Hapag-Lloyd, principales victimes avec respectivement 2800 et 700 conteneurs bloqués, l’impact sur la rentabilité des lignes Dakar-Bamako est considérable.

Cette hémorragie de conteneurs trouve sa source dans le chaos sécuritaire malien. Les attaques jihadistes récurrentes dans la région de Kayes, à la frontière avec le Sénégal, ont transformé la route Dakar-Bamako en parcours à hauts risques. Les transporteurs rechignent désormais à effectuer le trajet retour, même pour récupérer les précieux conteneurs.

Le Conseil malien des chargeurs évoque un « risque réel de durcissement des conditions d’exploitation des opérateurs économiques maliens par les armateurs ». Traduction concrète : les compagnies maritimes pourraient augmenter leurs tarifs ou réduire leurs services depuis Dakar pour compenser leurs pertes, pénalisant l’ensemble de la chaîne logistique ouest-africaine.

L’impact pourrait se faire sentir bien au-delà des bureaux des armateurs. « Les coûts logistiques sont immédiatement répercutés sur les prix des produits », avertit l’économiste malien interrogé par RFI, rappelant l’explosion des prix du ciment pendant l’été dernier. Avec 70 % des importations maliennes qui transitent par Dakar, toute perturbation de la circulation des conteneurs entre les deux capitales affecte directement les consommateurs maliens. À l’approche du ramadan, période de forte consommation, la pression monte sur les autorités pour trouver une solution.

Dakar avait pourtant fait des efforts

En novembre dernier, c’était le problème inverse qui préoccupait Bamako : plus de 2 000 conteneurs pleins attendaient au port de Dakar d’être acheminés au Mali, bien au-delà de la durée règlementaire. La ministre malienne des Transports, Dembélé Madina Sissoko, s’était déplacée personnellement à Dakar pour négocier.

Le Sénégal avait alors accepté l’annulation totale des pénalités de stockage pour les sociétés maliennes et accordé un délai de trois mois pour leur évacuation. Résultat : il ne reste aujourd’hui que 304 conteneurs en attente à Dakar, avec une date limite fixée au 24 février pour leur « enlèvement ».

Face à cette nouvelle crise, les compagnies maritimes ont choisi de ne pas communiquer directement depuis Dakar. Elles ont laissé les autorités maliennes relayer leurs doléances, exprimées lors d’une réunion le 20 janvier dernier dans la capitale sénégalaise. Ni le Conseil malien des chargeurs, ni le ministère des Transports n’ont répondu aux demandes de clarification sur les solutions envisagées pour débloquer la situation, rapporte la Rfi.

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