Où en est la crise au Venezuela ?

Alors que des manifestations ont eu lieu mercredi pour rallier les militaires à l’opposition, le président élu mais contesté, Nicolas Maduro, propose d’organiser des élections législatives anticipées. Soutien du président par intérim et autoproclamé, Juan Guaido, les États-Unis accentuent leurs sanctions économiques.

Plus d’une semaine après que le président du Parlement tenu par l’opposition, Juan Guaido, s’est autoproclamé «président par intérim», la crise persiste au Venezuela, Maduro disposant du soutien de l’armée et continuant d’être reconnu par une large majorité des États membres de l’ONU. À Caracas, des manifestations ont eu lieu mercredi à l’initiative de Guaido pour appeler les militaires à rallier l’opposition tandis que les États-Unis accentuent les sanctions économiques contre le pays pétrolier. Ce jeudi, le Parlement européen pourrait aussi voter la reconnaissance de Guaido comme «président par intérim». Le Figaro fait le point sur la situation.

● Guaido présente son plan pour le Venezuela ce jeudi

Juan Guaido présente ce jeudi son plan visant à sortir le pays pétrolier de son naufrage économique et social. «Nous allons travailler pour stabiliser l’économie, répondre immédiatement à l’urgence humanitaire, rétablir les services publics et surmonter la pauvreté», a lancé sur Twitter le député social-démocrate de 35 ans. Le pays pétrolier, autrefois le plus riche d’Amérique latine, a sombré économiquement et ses habitants souffrent de graves pénuries d’aliments et de médicaments, ainsi que d’une inflation galopante (10.000.000% en 2019 selon le FMI).

● Manifestation pro-Guaido pour que les militaires fassent défection

Mercredi, des milliers d’opposants vénézuéliens ont manifesté pour convaincre l’armée de tourner le dos au président Maduro. «Guaido est arrivé et l’espoir est revenu», chantaient ses partisans, tapant sur des casseroles et faisant sonner des cornes de brume. Peu avant cette mobilisation, Juan Guaido a été encouragé par téléphone par Donald Trump, les deux hommes se mettant «d’accord pour rester en contact régulier afin de soutenir le retour vers la stabilité du Venezuela». «Le combat pour la liberté a commencé!», a tweeté le président américain.

 Maduro propose de nouvelles élections législatives

Supervisant des manœuvres militaires à Caracas, le dirigeant socialiste a appelé l’armée à l’unité face aux appels à la rébellion des États-Unis et de Juan Guaido, qui leur a promis l’amnistie. «Vous voulez que gouverne une marionnette des ‘gringos’ au Venezuela?», a-t-il lancé ensuite dans un meeting face à des jeunes Vénézuéliens, qui lui ont répondu en chœur: «Nooooooon!».

Alors que l’opposition vénézuélienne estime que sa réélection en décembre dernier était irrégulière, Nicolas Maduro a exclu la tenue d’une nouvelle élection présidentielle, mais s’est prononcé en faveur d’élections législatives anticipées. La dernière présidentielle a eu lieu «il y a dix mois» et si les «impérialistes» en veulent une nouvelle, «ils n’ont qu’à attendre 2025», soit la fin du mandat actuel, a rétorqué Nicolas Maduro à l’agence publique russe RIA Novosti. Nicolas Maduro se dit par ailleurs «prêt à discuter avec Donald Trump» et à «s’asseoir à la table des négociations avec l’opposition».

● La presse étrangère n’est pas la bienvenue à Caracas

La presse étrangère subissait ce jeudi les conséquences de la crise: deux journalistes français et trois de l’agence espagnole Efe ont été arrêtés peu après l’expulsion de deux de leurs confrères chiliens. Les reporters français Pierre Caillé et Baptiste des Monstiers, qui travaillent pour l’émission «Quotidien» sur TMC, filmaient le palais présidentiel mardi soir quand ils ont été interpellés, selon l’AFP. Sans mentionner explicitement les arrestations de ces jours-ci, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza a dénoncé sur Twitter que des journalistes étrangers soient entrés dans le pays «sans réaliser auparavant la demande de permis de travail auprès de nos consulats».

● L’Europe de plus en plus proche de reconnaître Guaido

Les Occidentaux font bloc autour de Guaido.L’UE a déclaré samedi dernier qu’elle «prendrait des mesures» si des élections n’étaient pas convoquées «dans les prochains jours». Ce jeudi, le parlement européen devrait ainsi voter la reconnaissance de Guaido comme «président par intérim». Cette reconnaissance ne signifie pas pour autant que les 28 États membres de l’UE le reconnaîtraient officiellement. En revanche, six pays européens (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Portugal) ont annoncé qu’ils franchiraient ce cap si Nicolas Maduro n’annonce pas d’ici à dimanche l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.

Nicolas Maduro peut toujours compter sur le soutien d’une écrasante majorité des 193 États membres de l’ONU, qui continuent de le reconnaître, notamment la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, qui dénoncent une ingérence américaine. À l’heure actuelle, seuls 13 pays, menés par les États-Unis, reconnaissent officiellement Guaido.

● Une histoire de pétrole et d’or

Washington, qui a déclenché des sanctions économiques contre le Venezuela dès 2014, a franchi une nouvelle étape en sanctionnant le groupe pétrolier PDVSA, source de 96% des revenus de l’État vénézuélien: il a gelé ses avoirs à l’étranger et lui interdit tout commerce avec des entités américaines. Dans le même temps, les États-Unis ont donné à Juan Guaido le contrôle des comptes bancaires du Venezuela sur le sol américain.

À l’unisson, à Londres, la Banque d’Angleterre, qui détient une part des réserves vénézuéliennes en or, a refusé de restituer 1,05 milliard d’euros de lingots à Caracas. Une décision britannique qui n’est peut-être pas étrangère aux rumeurs selon lesquelles un avion russe serait arrivé, vide, à Caracas. Selon le député d’opposition Jose Guerra, le Boeing 777 serait chargé de repartir du pays, probablement vers la Russie, avec 20 tonnes d’or, soit 730 millions d’euros et 20% des fonds en or détenus par le Venezuela.

Source: FIGARO

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