Iba Montana, le symbole d’une génération déçue

Depuis quelques années, un jeune rappeur du nom de Sidi Sissoko, alias « Iba Montana », fait parler de lui partout. La plupart de ceux qui ont écouté ses chansons le diabolisent : ils lui reprochent de faire la promotion de la mécréance, ou encore d’encourager le banditisme. Afin de mieux comprendre le phénomène Iba Montana, le blogueur Ousmane Soumbounou s’est permis d’abord d’écouter ses chansons, ensuite de récolter l’avis des uns et des autres sur cet ovni du microcosme du hip hop malien.

Après avoir écouté quelques chansons du jeune rappeur, j’ai noté trois choses. Primo, il s’attaque aux autorités du Mali. On entend par exemple dans l’une de ses chansons : « Mali famaou bê yé zon dé » (« Toutes les autorités maliennes sont des voleurs »).

Ensuite, il déclare que tant que les responsables continueront de voler, eux, les voleurs, feront de même. « Pendant que les populations souffrent, le président du Mali se permet d’acheter un avion, chante-t-il. Si nous ne volons pas, comment veulent-ils que nous puissions vivre, surtout qu’ils ont déguerpi tous les petits kiosques qui servaient de sources de revenus pour les pauvres ? »

Tout le monde vole

Secundo, il s’attaque à la religion et surtout aux musulmans maliens qu’il qualifie d’hypocrites. Pour lui, le Mali n’est pas un pays musulman. Les musulmans remplissent les mosquées alors qu’ils sont en même temps tous des voleurs et vivent de la prostitution de leurs filles. Il se moque même des sermons que certains imams prononcent contre lui.

Tertio, il fait la promotion du banditisme. Il fait la promotion d’une arme blanche : un petit couteau qu’il a surnommé le « six » (petit couteau de six cm). Il fait même l’éloge des jeunes qui guettent toute la nuit afin de dépouiller les citoyens de leurs biens et promet d’aller casser la prison centrale afin de libérer ses compagnons enfermés.

Un prophète

Face à ces propos, qui peuvent sans doute choquer, les Maliens ont des avis divergents. En général, ce sont les jeunes qui le comprennent. Baba, un jeune de mon quartier, écoute fréquemment avec ses amis la musique du jeune rappeur. Selon lui, Iba est un prophète. « Tout ce qu’il dit est la vérité. La plupart des jeunes qui deviennent bandits viennent de familles pauvres. C’est parce que les ressources du pays sont injustement réparties que ces jeunes n’ont pas obtenu une bonne éducation. Les responsables de ce pays se remplissent les poches des biens publics et se préoccupent peu du sort des populations ».

Il ajoute ensuite que c’est avec cet argent volé qu’ils inscrivent leurs enfants dans de bonnes écoles, construisent de belles maisons et achètent de belles voitures et des motos pour leurs enfants. Les jeunes bandits ne font que récupérer leurs parts volées de la richesse du pays.

L’ami de Baba, Moulaye, qu’on appelle « Gonbèlè fîman » (l’albinos noir), allusion faite à un surnom d’Iba Montana, ajoute : « Au Mali, tout le monde vole. Pourquoi s’attaquer à une partie des voleurs et laisser les autres qui sont d’ailleurs les plus dangereux. Les jeunes bandits ne volent que des miettes tandis que les responsables voleurs, dérobent des milliards et détruisent l’avenir des millions de personnes ».

Les contradictions de la société malienne

Il soutient même le fait qu’Iba s’attaque aux religieux. Selon lui, il n’y a pas de bons musulmans au Mali : il n’y a que des hypocrites. Les gens prient et jeûnent mais commettent des forfaits. Plus loin, il fait savoir que les plus grands bandits sont les chefs religieux, car dit-il, « ils se cachent dernière la religion pour manipuler les pauvres citoyens. » C’est pourquoi dans leur grin, ils ont arrêté de pratiquer la religion, car ils n’y croient plus.

Il n’y a pas de doute : Iba Montana cristallise les passions et les rues sont divisées entre ses partisans et ses contempteurs. Jamais un rappeur n’aura aussi incarné les contradictions de la société malienne.

Des paroles sans actes

Pour le fonctionnaire M. Kane, même si les chansons du jeune poussent à réfléchir, elles restent quand même très dangereuses car incitent les jeunes à la violence. Il y a une autre façon de sensibiliser les gens mais pas de cette manière qui risque de faire plus de mal que de bien.

Mountaga Tounkara, juriste travaillant dans un cabinet d’avocat, me raconte qu’il a une fois interpellé le procureur de la commune IV. Il lui a demandé les raisons pour lesquelles les autorités n’arrêtent pas Iba Montana. Ce dernier a répondu tout simplement que c’est par ce qu’il n’a pas encore été pris pour un acte de banditisme et que personne n’a encore porté plainte contre lui pour quoi que ce soit.

Évidemment, nombre de personnes dans l’entourage du jeune rappeur racontent que sa vie est diamétralement opposée à ce que ses chansons pourraient laisser croire. Il se met dans la peau des jeunes bandits pour exprimer ses idées. Une approche que, personnellement, je trouve très intéressante même si je suis d’accord sur la dangereuse influence que cela peut avoir pour les plus petits, qui ne s’attardent pas seulement sur le message et, parfois, veulent passer aux actes.

Source: BENBERE

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